Espèces
LAGUNEMâchoiron
Chrysichthys nigrodigitatus
Noms locaux · poisson ministre
Le mâchoiron est l'espèce lagunaire de Côte d'Ivoire. Son élevage en enclos sur la lagune Ébrié a été mis au point à la station de Layo puis transféré à des producteurs privés ; c'est le poisson de fête, très demandé dans les maquis, dont l'offre reste inférieure à la demande.
Fiche espèce
Le mâchoiron, Chrysichthys nigrodigitatus, est un silure de la famille des Claroteidae. On l'appelle aussi « poisson ministre » en Côte d'Ivoire, tant sa chair est appréciée. C'est une espèce essentiellement benthique — elle vit près du fond — et elle s'accommode bien du milieu légèrement saumâtre des lagunes.
C'est le poisson de fête : les plus grosses ventes ont lieu à la veille des grandes fêtes, et les recettes traditionnelles des maquis en font un plat de réception. La demande dépasse l'offre, et les stocks sauvages sont en baisse.
Une filière née de la recherche ivoirienne. La reproduction en captivité a été maîtrisée à la station expérimentale de Layo, sur la lagune Ébrié, ouverte en 1979 par l'Orstom et le Centre de Recherches Océanologiques d'Abidjan. Les premières pontes datent de 1980, à partir de géniteurs sauvages de la région de Tiegba ; en 1984 environ 450 000 alevins ont été produits, dont la majeure partie a servi à constituer le cheptel de l'écloserie de Jacqueville. Depuis les années 1990, cette ferme devenue société privée produit 200 à 300 tonnes par an, et des producteurs indépendants 30 à 50 tonnes de plus. Le plafond, estimé entre 500 et 600 tonnes, tient à la disponibilité locale des matières premières de l'aliment.
Taille marchande. Les sources diffèrent selon l'itinéraire : récolte à 250–300 g pour l'élevage en enclos décrit par le manuel GTZ, taille commerciale de 350–400 g dans le cycle de Layo. Les géniteurs pèsent 1,5 à 2,3 kg.
Élevage pas à pas
L'enclos lagunaire. C'est la structure mise au point en 1979 et la mieux adaptée au mâchoiron, dont le comportement est benthique. On travaille en enclos à filet de maille 14 mm, de 400 à 800 m² — 4 à 8 ares.
L'empoissonnement. Des juvéniles de 15 à 20 g, à la densité de 10 poissons par m².
Le suivi. Pêches de contrôle tous les quinze jours jusqu'à 50 g, puis tous les mois.
La croissance. Le gain moyen quotidien est d'environ 0,8 g par jour, dans une fourchette de 0,7 à 1 g, et il diminue avec l'âge du poisson. Avec des aliments spécialisés, on peut atteindre 1,5 à 2,5 g par jour.
La récolte. Des tris pour la vente sont possibles dès le septième mois ; l'élevage s'arrête généralement à neuf mois. Le taux de survie en enclos est excellent : 98 à 100 %.
Reproduction & alevins
La production de juvéniles est délicate et reste un métier d'écloserie. Elle est saisonnière : la ponte s'étend d'août à novembre, et les juvéniles sont disponibles de septembre à mai, avec un creux de juin à août. Prévoyez votre calendrier d'empoissonnement en conséquence.
Les géniteurs. Des mâles d'environ 2,3 kg et des femelles d'environ 2 kg, âgés de deux à trois ans. Le mâle mûr a la tête large, la bouche élargie et un comportement agressif ; la femelle a le ventre ballonné. La sélection se fait en août-septembre.
Le tube de ponte. Un mâle et une femelle sont confinés dans un réceptacle en tube PVC — la méthode a été mise au point à Layo en observant le comportement reproducteur d'une espèce proche, Chrysichthys maurus. Les cages de ponte sont immergées dans de grands bacs circulaires où l'on contrôle l'eau et la lumière. Après une période variable de 15 à 45 jours, la ponte et la fécondation sont spontanées. Le taux de reproduction atteint aujourd'hui 80 %.
La ponte. Les œufs sont agglutinés en une seule masse qui adhère au substrat et mesurent environ 3,5 mm de diamètre. La masse d'œufs peut atteindre 30 % du poids de la femelle, soit une fécondité d'environ 15 000 œufs par kilo de femelle.
L'incubation. Elle a lieu dans des incubateurs à paniers mobiles, en bouteilles de Zoug, ou dans le réceptacle lui-même en présence de la femelle. Les œufs disposés sur des tamis sont remués lentement de haut en bas dans une eau bien oxygénée pour faciliter l'éclosion et augmenter la survie. L'éclosion intervient 4 à 5 jours plus tard à 29–30 °C ; le manuel GTZ, dans d'autres conditions, indique environ une semaine.
Les larves. Elles pèsent 25 à 30 mg et portent un important sac vitellin qui se résorbe en une dizaine de jours. L'alimentation artificielle commence au onzième jour. Elles sont placées en auges de 300 litres à 6 000 à 13 000 larves par auge — 10 000 semble l'optimum — et nourries de particules de 0,3 à 1,3 mm selon l'âge, à 30 % de protéines.
L'alevinage. Après 20 jours en bacs circulaires, les alevins atteignent 100 à 150 mg et peuvent être déversés en étang. Après 50 à 60 jours ils pèsent 0,6 à 0,7 g et passent en bacs circulaires de 4 m de diamètre, à 7 000 à 12 000 par bac, pour 50 à 60 jours de plus. À 3,5–5 g ils rejoignent des enclos de prégrossissement de 200 m², à 7 000 à 12 000 par enclos, pour au moins 50 jours, jusqu'à 10 g. En étang, avec des micro-granulés en complément de la nourriture naturelle, les alevins atteignent 5 à 7 g en trois mois. Les juvéniles de 15 g sont produits en cinq à sept mois.
Alimentation
L'aliment est le facteur limitant de toute la filière : c'est lui qui plafonne la production nationale.
Les matières premières sont locales. Les granulés mis au point à Layo partent de farine de poisson issue des déchets des conserveries de thon, à laquelle s'ajoutent des sous-produits agro-industriels : tourteaux de coton, brisures de riz, refus de farine de manioc. Les aliments d'alevinage titrent 30 % de protéines.
Combien donner. La ration journalière se calcule en multipliant le taux de croissance journalier par le quotient nutritif, de l'ordre de 2,5.
| Poids moyen | Taux de croissance / jour | Ration (% de la biomasse / jour) |
|---|---|---|
| 30 – 39 g | 2,90 % | 7,25 % |
| 40 – 59 g | 2,48 % | 6,20 % |
| 60 – 79 g | 1,87 % | 4,68 % |
| 80 – 129 g | 1,35 % | 3,38 % |
| 130 – 219 g | 0,86 % | 2,15 % |
| 220 – 500 g | 0,49 % | 1,23 % |
| 501 g et plus | 0,30 % et moins | 0,75 % |
Table du manuel Pisciculture en zone tropicale (GTZ, 2004), pour un quotient nutritif de 2,5. Le calculateur d'aliment du site utilise pour l'instant la table tilapia ; cette table-ci est propre au mâchoiron. À valider par le comité scientifique et technique.
Santé
Le taux de survie en enclos lagunaire est l'un des meilleurs de toutes les espèces élevées en Côte d'Ivoire, 98 à 100 % : le mâchoiron est robuste une fois passé le stade larvaire. Les pertes se concentrent en écloserie, où la production de juvéniles reste l'étape délicate.
Comme pour les autres espèces, surveillez d'abord l'eau : l'enclos dépend entièrement de la qualité de l'eau de la lagune, sur laquelle vous n'avez pas de prise. Choisir l'emplacement est donc la principale décision sanitaire.
Marché & prix
Le mâchoiron se vend cher et vite. C'est un poisson de fête, servi en restauration et dans les maquis, dont la demande n'est pas satisfaite. Un réseau de points de vente s'appuyant sur les circuits de distribution traditionnels a été mis en place dès le lancement de la filière pour approvisionner Abidjan.
Les prix hebdomadaires par marché sont publiés dans l'Observatoire ; les chiffres des publications de recherche des années 1990 ne sont plus d'actualité.
Économie
Trois choses décident de la rentabilité : l'accès aux juvéniles, qui sont saisonniers ; le coût de l'aliment, qui dépend de sous-produits agro-industriels locaux en quantité limitée ; et l'emplacement de l'enclos. Le projet de développement a connu des coûts de production élevés et une commercialisation difficile à ses débuts, ce qui a nourri des critiques sur le choix de l'espèce — avant que les améliorations apportées ne stabilisent la filière.
Le simulateur de rentabilité calcule un cycle à partir de vos propres prix, avec un taux de survie qui peut raisonnablement être fixé haut pour cette espèce.
Témoignages
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Recettes
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L'enclos lagunaire
Du couple en tube de ponte aux enclos de grossissement — l'itinéraire mis au point à Layo et transféré à Jacqueville.